Actualités, évènements et entrevues

Archive pour la catégorie « entretien »

entretien

13 octobre 2016

Entretien avec Alexandre Trudeau

UN BARBARE EN CHINE NOUVELLE

Alexandre Trudeau

barbare_Chine_w

Vous avez tourné un documentaire sur la Chine. Vous donnez maintenant un livre. Qu’est-ce que le livre peut dire ou montrer que le documentaire ne peut pas?

Dans le livre je propose une approche quasi documentaire et j’invite le lecteur à m’accompagner dans un long périple à travers la Chine. Un véritable documentaire passe très vite dans le temps. Il ne permet qu’un survol très rapide du sujet. Un livre peut arrêter le temps. Il permet d’ouvrir des brèches dans le récit par lesquelles il nous est possible de pénétrer très, très loin dans un sujet. Dans Un barbare en Chine nouvelle, je pense profiter pleinement de cette liberté littéraire face à l’espace et au temps.

Alors que la Chine nous semble traverser une transformation radicale, vous insistez surtout sur la continuité de sa culture et de sa civilisation. Pourquoi?

Une transformation radicale n’a pas vraiment de sens si nous ne considérons pas l’immensité et l’ancienneté de la culture qui est appelée à se transformer. De plus, je crois davantage à la sédimentation des idées qu’à leur disparition totale. Les ruptures absolues sont très, très rares.

Qu’avons-nous à apprendre de la « Chine nouvelle »?

La Chine nouvelle nous amène à une profonde réflexion sur la question de la liberté. À vrai dire, c’est en comparant notre histoire avec celle de la Chine que nous arriverons à bien cerner l’évolution de la liberté individuelle dans le monde occidental. En comparant la situation en Chine avec celle qui a régné dans le bassin Méditerranéen, par exemple, nous arrivons à mieux percevoir quels éléments géographiques, démographiques et politiques ont rendu cette liberté possible en Occident et non en Chine. Or, la Chine vit actuellement une période de libération socioéconomique intense. Elle continue à se libérer de son passé très contraignant. Parallèlement, je pense qu’il faut remettre en question la liberté individuelle à l’occidentale, aussi chère qu’elle puisse paraître à nos yeux. Elle fait trop abstraction des réalités environnementales et a été édifiée sur le dos de peuples qu’on a subjugués pas la politique ou par les armes. La trajectoire de la Chine nouvelle marque donc certainement un progrès. Mais comme, en Chine, on part de loin, il est possible qu’on y voie s’épanouir une forme de liberté plus équilibrée et mieux adaptée aux nouvelles réalités planétaires comme la diminution des ressources et la surpopulation.

Enregistrer

none

entretien

10 octobre 2016

Entretien avec Ying Chen

Blessures_couv_wBLESSURES

Ying Chen

Le héros de votre roman n’est jamais nommé, mais on ne peut s’empêcher d’y voir la figure de Norman Bethune. Pourquoi celui-ci vous intéresse-t-il ?

Norman Bethune est une célébrité en Chine. Comme tous les enfants de ma génération, j’ai dû apprendre par cœur le texte que Mao lui a consacré. Et, comme la plupart des gens de ma génération, j’étais complètement indifférente à toute cette propagande. C’est en arrivant au Canada que j’ai découvert le silence autour de la figure de Bethune, à l’extrême opposé de ce que j’avais connu en Chine. Le cas de Bethune, mort au début de la guerre froide, dans un camp adverse, montre assez clairement comment la réalité est présentée dans les médias, selon l’époque ou les intérêts politico-économiques.

Vous semblez porter un jugement très sévère sur la Chine actuelle. Pourquoi ?

Je ne crois pas que mes opinions envers la Chine actuelle soient sévères. Je n’en suis pas capable, sentimentalement parlant. Et je n’en ai pas le droit, étant donné l’évolution extrêmement complexe de ce pays, évolution dont je ne connais pas tous les tenants et aboutissants. Je suis par contre en désaccord avec l’idée selon laquelle le monde entier devrait suivre un seul et même modèle de développement, soumis à une seule loi, celle du capital et du marché.

Ce roman, avec sa portée historique et politique, marque une rupture avec vos précédents titres. Cela reflète-t-il de nouvelles préoccupations chez vous ?

Il y a un changement de procédé, mais sans rupture par rapport à mon point de vue sur l’histoire, sur les événements du présent et du passé, sur la relativité des vérités. Le docteur Bethune, malgré l’adoucissement récent et assez pragmatique des opinions à son égard, reste aujourd’hui encore, et peut-être plus que jamais, une figure dissidente, donc actuelle. Et je trouve que notre époque si tumultueuse aurait grand besoin d’une telle dissidence.

Peut-il y avoir encore des figures héroïques dans le monde d’aujourd’hui? Est-ce souhaitable?

Ce sont les époques qui produisent, ou non, les figures héroïques, qu’on le souhaite ou non. Notre époque est dominée par des puissances invisibles.

Enregistrer

Enregistrer

none

entretien

7 octobre 2016

Paroles et réflexions d’une féministe pressée

Daniel Raunet

MONIQUE BÉGIN. ENTRETIENS

Monique Begin_w

Que diriez-vous à ces jeunes femmes engagées aujourd’hui en politique qui tiennent à préciser qu’elles ne sont pas féministes?

Je leur demanderais si les femmes, que ce soit chez nous ou ailleurs, jouissent de droits égaux à tous égards. Elles me répondraient : « Non! » Et je rétorquerais : « Vous êtes donc féministes! » Je pousserais en disant : « Mais pourquoi, à travail de valeur égale, les salaires des femmes sont-ils inférieurs de 30% à ceux des hommes au Canada aujourd’hui? Et de 32 à 34% en ce qui concerne les professeures de nos universités? Et ainsi de suite! »

En vous lisant, on a l’impression que, à l’époque où vous étiez en politique, il était possible – au prix de grands efforts, certes – de faire changer les choses rapidement et de manière importante. Aujourd’hui, le monde politique donne l’impression d’un certain immobilisme. Qu’est-ce qui a changé? la politique? ceux qui la font?

Non, quand j’étais en politique, comme aujourd’hui, le problème, ce n’était pas l’immobilisme, c’était, c’est le « gradualisme ». Nous gouvernons par des « approches à petits pas ». Tout ce que j’ai réussi à faire, je l’ai fait sur plusieurs années : la Loi canadienne sur la santé, la bonification des pensions, la dévolution des services de santé aux Premières Nations et tout le reste.  D’où ma diatribe, désormais célèbre, il y a dix ans : le Canada est le pays des projets pilotes! Les politiciens n’agiront jamais s’ils ne sont pas sûrs qu’il y ait une demande réelle; que l’inaction puisse leur faire mal; et que la pression ne les lâchera pas. Malheureusement, ils n’entendent pas, ou mal, les demandes de la population. Par opposition, mon crédit d’impôt enfant (les prestations aux enfants et aux familles) fut un coup militaire réussi dans des circonstances exceptionnelles. De même, Justin Trudeau a su saisir au vol les besoins des classes moyennes et il y a répondu dans son premier budget, profitant de l’engouement exceptionnel de son élection en 2015.

Enregistrer

none

entretien

4 octobre 2016

Entretien avec Luc-Alain Giraldeau

dans oeil pigeon_wDANS L’ŒIL DU PIGEON

Luc-Alain Giraldeau

Vous dites que l’étude du comportement des oiseaux est susceptible de nous en apprendre tout autant, sinon plus, sur celui des humains que l’étude des chimpanzés. Comment cela est-il possible ?

Parce que l’évolution, ce n’est pas seulement l’héritage de caractères ancestraux, mais aussi la transformation de cet héritage en réaction à des pressions exercées par l’environnement. Ainsi, plusieurs animaux dont les ancêtres n’ont rien de semblable ont néanmoins évolué vers des caractères ressemblants, parce qu’ils vivaient dans des conditions écologiques similaires. C’est ce qui explique, par exemple, la ressemblance externe du requin et du dauphin, un poisson et un mammifère. Dans plusieurs circonstances, notre comportement humain a évolué en réponse à des pressions externes qui ont pu être les mêmes que celles rencontrées par des espèces autres que les primates, comme les oiseaux. Le partage de conditions environnementales peut être aussi important que le partage d’ancêtres; ce que nous partageons avec les primates, en réalité, est alors le fait d’une absence d’évolution.

Vous montrez que la culture qui caractérise l’espèce humaine est le fruit de l’évolution. En même temps, vous nous dites qu’il est impossible de se servir de notre connaissance du monde animal pour juger les comportements humains. N’est-ce pas contradictoire ?

Non, pas du tout. Ce que je dis, c’est que la nature n’est pas le fruit d’un créateur qui nous montrerait par son œuvre ce qui est bon ou mauvais. La nature vivante est le fruit de l’évolution, qui fonctionne avec sa propre logique, aveugle et froide, générant des comportements quelquefois admirables mais souvent carrément répugnants. La nature ne peut donc pas nous servir de caution morale pour juger du bien et du mal. La culture est aussi le produit de l’évolution et, de ce fait, elle n’est ni bonne ou mauvaise.

Vous dites que la biologie est la seule science où deux causes peuvent expliquer le même phénomène. Pourriez-vous nous donner un exemple?

Oui, bien sûr. Lorsque je mange un repas, c’est généralement parce que j’ai faim. La faim est pour moi la cause immédiate de mon comportement alimentaire. Mais, à bien y penser, je mange aussi pour rester en vie, pour alimenter mon corps et me permettre un jour de produire une descendance. Si je ne mangeais pas, je mourrais à coup sûr. Manger pour survivre et se reproduire est la cause plus lointaine, ou évolutive, de ce comportement. Lorsque je mange, je ne pense pas à la mort que j’évite, mais il n’en demeure pas moins que je mange aussi pour rester en vie. Un comportement, deux causes.

Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de votre livre?

Que nous, humains, nous sommes, comme tous les êtres vivants, le résultat de l’interaction éphémère entre deux histoires, une histoire qui nous est léguée par notre lignée, nos gènes, et notre histoire propre, notre histoire anecdotique. Pour comprendre l’humain, il faut accepter cette interaction; c’est elle qui ouvrira ensuite la voie aux échanges entres les sciences humaines et la biologie.

Vous dites de l’évolution qu’elle est un processus sans but précis qui n’a rien à voir avec la notion de progrès. N’est-ce pas là une invitation au cynisme?

Non, pas du tout. Pour moi, une compréhension claire de l’absence de dessein dans l’évolution nous place devant notre responsabilité distincte, celle de penser le bien et le mal sans chercher la caution de la nature. C’est à nous de décider ce qui est acceptable, et ce n’est pas toujours facile.

Vous avez récemment dit que vous étiez très heureux que votre livre se retrouve dans une maison d’édition qui publie également des œuvres littéraires. Pourquoi?

Je trouve dommage que, pour diverses raisons, il faille imposer très tôt aux élèves un choix entre un cursus qui les mènera aux humanités, un autre qui les mènera aux arts et un autre aux sciences naturelles. Mon livre s’adresse donc à tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ont choisi de laisser les sciences naturelles au fond de leur pupitre d’école. Je crois que l’activité scientifique, la vraie, n’est pas très différente de l’activité artistique. Dans les deux cas, on imagine le monde dans lequel on se retrouve et on tente de l’expliquer. Nos contraintes disciplinaires sont certes différentes, mais au départ notre créativité est bien la même. La science, celle dont je parle dans ce livre, offre une vision étonnante du monde, capable de rivaliser avec des versions plus artistiques. Je veux partager cela avec les lecteurs. Qui sait, peut-être en seront-ils inspirés? C’est, je crois, ce qui me réjouis d’être édité par une maison qui publie aussi bien un essai de sciences naturelles ou de science politique qu’un roman. Je suis très heureux de faire partie d’une maison qui considère que la science fait partie de la culture.

Enregistrer

Enregistrer

none

entretien

24 août 2016

Entretien avec Virginie Blanchette-Doucet

117-nord_w117 NORD

Virginie Blanchette-Doucet


Maude, votre protagoniste, navigue dans un monde d’hommes. Qu’est-ce qui vous a amenée à vous intéresser à eux ?

Le hasard a fait que je suis la plupart du temps entourée de garçons et d’hommes. Ça a toujours été « normal » pour moi, alors j’ai trouvé intéressant d’installer ma narratrice dans le même contexte.

Vos personnages entretiennent une relation très particulière avec le territoire qu’ils habitent, l’Abitibi. Comment décririez-vous cette relation ?

Le territoire, pour mes personnages, est une question identitaire, nécessaire, vitale. De pouvoir dire « C’est de là que je viens » est une certitude qui les habite et qu’ils ne pensaient pas fragiliser.

Qu’en est-il de la tension entre Montréal et l’Abitibi, si présente dans votre roman?

Le déracinement est au cœur de ma réflexion. C’est quoi, partir? Et revenir? Qu’y a-t-il, qui sommes-nous, entre les deux? Je pense que je ne le sais pas encore. Un peu mieux qu’avant, mais pas encore.

Votre roman est composé de fragments. Pourquoi avoir choisi cette forme ?

Je pense que c’est la forme qui m’a choisie, et non l’inverse! Les sensations me viennent en premier. La forme brève a l’avantage de me permettre de condenser l’émotion, de travailler comme le ferait un orfèvre, peut-être.

Votre protagoniste transforme une situation dramatique, l’expropriation de sa maison par une société minière, en une possibilité de changement, d’évolution, voire de libération. Est-ce consciemment que vous résistez à la mélancolie et au spleen qui traversent bon nombre d’œuvres contemporaines?

La résilience est très belle. Après, ce qui est conscient ou pas, je n’oserais me prononcer. Ma narratrice avait besoin de cet élan vers l’avant pour exister dans le roman.

« On sent qu’il y a une voix d’écrivaine, qu’elle a des choses à dire et qu’elle le fait très, très bien. Un très bon début de carrière pour Virginie Blanchette-Doucet. »

Anne Michaud, Les Matins d’ici, Radio-Canada Première

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

none

Les Éditions du Boréal
4447, rue Saint-Denis, Montréal (Québec), Canada H2J 2L2
Tél: (514) 287-7401 Téléc: (514) 287-7664

Les photos des auteurs ne peuvent être reproduites sans l'autorisation des Éditions du Boréal.

Conseil des Arts du Canada Patrimoine canadien SODEC Québec